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Chris Walker est né en Australie, sous le prénom de Christiana, au sein d'une famille terriblement toxique composée d'un couple hétérosexuel, deux jeunes adolescents, une fille un peu plus âgée que lui et un autre enfant qui naquit un an après sa venue au monde.
Vers l'âge de quatre ans, il vit ses parents se séparer suite au récent retour de son grand-père à la maison. Son père quitta le domicile familiale et, à l'exception de quelques rares occasions, ce fut approximativement la dernière fois que les cinq enfants le virent.
Chris développa une forte admiration envers sa mère, qu'il supporta durant de longues années. Celle-ci souffrait d'un épuisement quotidien. Élever seule cinq enfants, sans support financier du père, était une tâche surhumaine. L'argent manquait souvent. Parfois, elle arrivait à travailler, mais l'effort constant qu'elle devait fournir, l'absence de temps pour elle-même, les frais de gardiennage et sa dépression rendaient la chose impossible au long terme. De plus, la présence du grand-père alcoolique et abusif de Chris à la maison était un fardeau d'un poids inimaginable.
Alors que la famille éprouvait des problèmes monétaires particulièrement ardues, l'accès à l'éducation du plus jeune enfant devint une question sérieuse, mais, au final, le cinq jeunes allèrent à l'école primaire du début à la fin, à l'exception de deux en raison d'abandon. Chris ne faisait pas parti du duo. Il avait d'ailleurs l'ambition de poursuivre ses études jusqu'à l'obtention d'un second diplôme, mais son parcours fut tout autre.

VINGT-CINQ ANS
Sa mère dirait sans doute qu'il a mal grandi, mais, bien qu'il en serait affecté, cette pensée ne lui a jamais traversé l'esprit. Peut-être trop fasciné par le fait de ne pas être assigné au rôle de victime, peut-être trop habitué à l'intensité pour réfléchir calmement, le jeune adulte anonyme se sent détaché des torts qu'il cause. L'instabilité est toute sa vie : des milles et un endroits où il a vécu, de toutes les fois où il a dû fuir, des surprises les plus tordues qu'il a conçu, rien n'est clair, mais ça l'amuse. Même pour son nom, il ne fait que jongler, n'ayant jamais su s'adapter à l'alternative trouvée à son deadname. Vingt-cinq ans, son présent : un petit skinhead communiste bigenre à la démarche surexcitée flouée par l'alcool qui tente d'enterrer son passé de peine et misère, car les tatouages de prison et sa malédiction demeureront des tâches difficiles à masquer.

TREIZE À VINGT ANS
Collecter l'insouciance à un tel point était devenu un art. Captain, Peace of shit, Capote, Freddey, Sin, Poulet, Jess, les surnoms s'accumulaient au point qu'une identité fixe était insoutenable. Un domicile fixe l'était d'autant plus. Les gens qu'il rencontrait s'étonnaient de sa capacité à toujours avoir les moyens. Même quand il était pauvre, il ne s'agissait que de quelques heures avant que le problème soit résolu. Quand ses sourires sympathiques perdaient de leur valeur, en raison des trop nombreuses bagarres, des réponses évasives, des bris, des comportements et achats impulsifs, Chris partait. Les ennuis débutaient toujours lorsqu'on commençait à l'identifier. Plusieurs groupes parvinrent toutefois à l'intégrer pendant un temps notable, la piquerie d'Ardesco en exemple. Certaines personnes eurent également de l'importance à ses yeux, particulièrement après son évasion de prison.


ADOLESCENCE
À ses douze ans, Chris causa un dégât d'eau dans un centre de personnes âgées et électrocuta volontairement trois personnes de la résidence : son propre grand-père et deux des amis du vieillard. Ces meurtres prémédités eurent évidemment des répercussions importantes, malgré le jeune âge du criminel en question.
Chris : c'était le nom auquel il songeait alors qu'il amorçait sa transition en taule, mais il n'eut jamais le temps de s'y habituer. Peut-être aurait-il pu en réintégrant la société comme prévu suite à son incarcération, mais la tournure des événements fit de sorte que ses moyens de s'identifier durent changer énormément lors de ses premières années d'affirmation de son identité de genre. Son évasion eut lieu quelques semaines suite à son arrivé au centre. L'idée fut spontanée et ne vint même pas de lui. Durant plusieurs nuits avant la fuite, il rêva d'un silhouette s'approchant de son matelas. Chaque fois, à son réveil, il se sentait de plus en plus fatigué et troublé par cette présence terrifiante qui, pourtant, manifestait de l'intérêt chez lui. La créature onirique perdit de son illusion d'appartenance au royaume de l'imaginaire, petit à petit, et eut l'opportunité d'établir contact avec Chris dans des délais plus courts qu'imaginés. Fascinée par la détermination de la jeune personne, la démone lui proposa de sceller un pacte. Chris gagnerait en puissance, et la liberté lui serait offerte, si, en échange, il continuait de libérer ce monde de toutes ces personnes immorales en les sacrifiant à la bête. Cette dernière était indifférente à quel type de corps serait sacrifié, mais elle savait utiliser les mots pour convaincre. Chris accepta et reçu ce don qui rendit chaque centimètre de sa peau une zone où émanait inlassablement une sensation près de celle de la foudre. Le jeune ne sut jamais empêcher électrocution de gens qui touchèrent son corps, ni les hurlements intrusifs de la démone gourmande demandant de nouvelles victimes. Cependant, il fut libéré, comme entendu. Le pacte détruisit ses vaines tentatives de redémarrer sa vie, ailleurs, loin.
Content Warnings pour les prochains paragraphes : dysphorie de genre, transphobie, pédophilie, inceste, viol, suicide, image de personne électrocutées.

DIX À DOUZE ANS
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Le genre de Chris commença à s'affirmer vers ses dix ans, fortement réprimé par sa mère. Pendant cinq mois, Chris et elle se disputèrent régulièrement à ce sujet. On lui défendit de se couper les cheveux et toute attitude masculine était moquée.
Toutefois, alors que Chris tirait vers ses douze ans, sa mère lui annonça qu'elle avait mis de l'argent de côté, durant les derniers mois, afin de lui donner accès à des bloqueurs d'hormones et de la testostérone. Pendant un instant, il cru que les choses rentraient en ordre : son genre était accepté et sa mère, grâce à un emploi bien rémunéré qu'elle appréciait, n'était plus financièrement dépendante de son grand-père, qui était dès lors retourné en résidence pour personnes âgées. Sa grande sœur avait même été acceptée à l'université,. Personne ne s'attendait au suicide de leur mère.
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Il eut pourtant lieu dans les jours qui suivirent le départ du vieil homme. Chris était au chevet de son lit quelques heures avant sa mort. Elle émanait effectivement quelque chose de... différent. Les larmes aux yeux, elle lui disait combien elle était fière d'avoir un fils si magnifique. C'était inexacte, comme Chris était non-binaire, mais il se réjouissait tout de même de cette forme de validation. Un long monologue suivit, pourtant sur le fait qu'elle aurait être cru être plus heureuse suite au départ du vieil homme de la maison. Pourtant, c'était l'inverse. Depuis qu'elle accédait à une vie meilleure, elle se rendait compte de toute l'horreur qu'elle avait supporté et normalisé dans son passé. La douleur était plus forte qu'elle ne l'avait jamais été. Elle se sentait mal, car elle avait laissé cet homme brutalisé ses enfants, lors de ses excès de colère.
Chris était presque indifférent aux coups de poings qu'il avait pu recevoir. Deux ans auparavant, son grand-père l'avait entraîné dans sa chambre, et son dédain atteint envers lui atteignit un niveau insoupçonné. Rares étaient les fois où les enfants étaient seul.e.s avec lui, mais, cette journée-ci, la gardienne n'était pas venue, sans prévenir. Après les larmes, les cris, il avait quitté la pièce pour retrouver ses deux frères dans le salon. Les deux avaient la tête tournée vers la télévision, mais Chris savait qu'ils ne la regardaient pas. Les deux se sentaient impuissants, un retenait ses larmes. Chris se réfugia dans sa chambre et entendit sa sœur qui pleurait bruyamment, dans la pièce voisine. Elle aussi avait entendu ce qu'il s'était passé, et elle aussi était horrifiée. Cette agression fut la première. Trois autres survinrent au cours de la même année.
Lors du monologue, sa mère reprit qu'elle se détestait, en réalité. En développant sur le sujet, Chris apprit qu'il n'avait pas été le seul. Quatre des cinq enfants avaient subis le même type d'abus, et sa mère aussi, depuis qu'elle était toute jeune. Jamais les autres ne lui avaient parlé de viol. Bien qu'il se demandait souvent s'il avait été le seul, jamais il n'avait posé ouvertement la question. Les enfants n'en discutaient pas entre elleux, ni avec leur mère. Toustes étaient au courant, à différents niveaux. Toute la famille avait peur du vieillard. Trop peur pour parler. La mère souffrait d'une culpabilité sans remède, quant à son mutisme. C'était insupportable.
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Elle admit que sa séparation avec le père de Chris était dû à un aveu qu'il n'avait pas supporté. En apprenant que des cinq enfants, deux - dont Chris - n'étaient pas de leur union, le père n'offrit aucun soutien, déguerpit. Il ne pouvait plus vivre dans cet maison, avec cet autre homme qu'il aurait voulu tuer.
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Ces confessions firent fondre en larme la mère et l'enfant, l'un.e dans les bras de l'autre. Chris s'isola peut-être une heure. À son retour, il découvrit sa mère morte.
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